Toulouse : l’hypothèse des monopôles

 

Le 21 septembre 2001, à 10h18 du matin, une catastrophe s’abat sur Toulouse, partant de l’usine chimique AZF. La gigantesque explosion a pulvérisé le hangar 221 abritant le tas d'ammonitrate, laissant un cratère de 15[H.L1]  mètres de profondeur sur plus de 50 mètres de long[H.L2] . La secousse provoquée[H.L3]  par l'explosion a été équivalente à un séisme d'une magnitude de 3,4 degrés sur l'échelle de Richter.

Ce stockage était situé un peu à l'écart des unités de production de l'usine (ammoniac notamment, voir le tableau ci-dessus), et celles-ci ont, par chance, assez bien résisté au souffle. De même les usines chimiques voisines n'ont pas subi de dommage majeur.

 

Le souffle de l'explosion a en revanche complètement ravagé la ville, volatilisant les vitres, arrachant les toitures, déstabilisant les murs, défonçant les tôles. D'innombrables habitations, magasins, ainsi que des voitures, des bus... ont été endommagés ou détruits. De nombreuses personnes ont été tuées ou[H.L4]  blessées par les débris projetés. Deux grandes surfaces se sont effondrées pendant que les gens faisaient leurs courses.

Un grand nuage roux s'est élevé au dessus de l'usine, mais il a ensuite été dispersé par le vent vers le nord-ouest. Toutefois, les autorités ont recommandé aux populations de rester confinées. Elles ont également demandé de ne pas boire l'eau du robinet, par crainte d'une pollution de la Garonne où l'eau est prélevée. Les mesures ont pu être levées dans l'après-midi, après analyse de l'air et de l'eau. L'aéroport de Toulouse a été fermé une partie de la journée, ainsi que plusieurs accès routiers et autoroutiers.

 

Quelques jours après la catastrophe, le bilan humain s'établissait à 30[H.L5]  personnes décédées (22 collaborateurs de Grande Paroisse, l’entreprise filiale d’Atofina qui gérait AZF, ou prestataires intervenant sur le site, 8 personnes extérieures) et environ 2500 blessées dont plus de 800 ont été hospitalisées. Plus de 500 ont été soignées pour des troubles de l’audition, 420 pour plaies diverses, 729 pour troubles psychiatriques, dont 497 pour un état de choc.

Le traumatisme psychologique a été très important, notamment chez les enfants qui ont vécu la catastrophe alors qu'ils étaient en classe : 17 écoles primaires touchées dont deux à reconstruire.

De très nombreuses habitations ont été plus ou moins touchés (des vitres brisées à l'effondrement total) 27 000 logements touchés dont 15 500 dans le parc public: Plusieurs milliers de personnes ont été privées de logement, 1002 relogements ayant dû être effectués. .

Beaucoup de commerces et d'industries ont été affectés durablement dans leur activité.

Les équipements publics ont eux aussi été très touchés. Des hôpitaux, des crèches, des installations sportives, des salles de spectacles... ont été fortement endommagés. Deux lycées et une partie de l'université devront être reconstruits.

 

Le coût total du sinistre s’élèverait à plus de 1,5 milliard d’euros[H.L6] . 1300 entreprises ont été affectées par la catastrophe, dont 172 ont été durement touchées : 81 commerces, 33 services et 58 industries.

Au total, c’est la plus grave catastrophe industrielle en France de l’après-guerre.

 

Contrairement à d’autres accidents de nitrate, aucun incendie ou dégagement de vapeurs nitreuses rousses n'ont été signalés par des témoins. Ce serait la première fois dans l'histoire longue d'un produit fabriqué en très grande quantité, d'usage très répandu, dans beaucoup de pays, souvent peu scrupuleux vis-à-vis de la sécurité, qu'un stockage de nitrate d'ammonium exploserait spontanément[H.L7] .

Des explosions de cette importance, laissant un vaste cratère, rendent très difficile de trouver des preuves quant aux circonstances qui ont conduit à la détonation. Ceci est d'autant plus difficile concernant un stockage que l'on ne dispose pas, comme dans le cas des procédés, d'enregistrements permettant de retracer les éventuelles évolutions de paramètres.

 

On ne peut donc que s’étonner devant la lucidité des personnalités qui, à peine deux heures après l'événement, étaient en mesure d'affirmer qu'une action volontaire était à exclure et qu'il s'agissait presque certainement d'un accident industriel ! Au fil des jours, on en a trouvé des « pistes », toutes plus farfelues les unes que les autres et sans preuve ou justification pour conforter cette hypothèse : atelier poubelle, gestion lamentable, fermentation, effet compost, sol en terre battue ou revêtu de bitume, infiltration, présence d'obus ou de bombes non explosées dans le sol, fuite d'acide sulfurique neutralisée à la soude et à la chaux, etc.…

A l’inverse, les témoignages du personnel assurant de la propreté des lieux, de la rotation fréquente du stock qui laissait les lieux vides et nets (il s'agissait de produits hors normes retraités ailleurs) ont reçu une diffusion très restreinte de la part des médias.

Il a été dit par les autorités qu'aucune hypothèse n'était rejetée ; cependant une information a été ouverte « pour violation manifestement délibérée d'une obligation de sécurité ou de prudence », ce qui exclut l'acte volontaire ou le terrorisme. Pourtant cette dernière hypothèse est beaucoup plus vraisemblable qu'un accident industriel que personne n'a pu justifier par des preuves sérieuses. En effet, il était très facile d'introduire des cartouches d'explosifs dans l'usine dans des effets ou objets personnels, ou par projection au-dessus des clôtures. A défaut, il suffisait de verser quelques litres de gazole dans le tas de nitrate pour disposer d'un explosif[H.L8] .

 

L'hypothèse d'un attentat ou d'un acte de malveillance était pourtant initialement beaucoup plus plausible que tous les arguments fantaisistes mis en avant pour justifier l'accident industriel. Il est bien plus facile de faire exploser un tas de nitrate d'ammonium que de projeter un avion de ligne contre un gratte-ciel. L'obstination avec laquelle on a rejeté la thèse de l'attentat est assez étonnante…

 

Il ne faudrait pas pour autant croire que l’accident industriel soit impossible. On ne peut jamais dire qu'on a épuisé les connaissances à propos d'une technique, d'un "process", d'un phénomène, quelque considérable que soit l'expérience accumulée à son sujet.

On a connu un accident mortel survenu dans le cadre d'une opération chimique connue depuis plus de 100 ans. A cette occasion, on a découvert une nouvelle réaction encore inconnue dont l'apparition dans des conditions extrêmement rares entraînait une violente explosion.

De même, l'accident de Concorde a fait apparaître un phénomène d'onde de choc dans les réservoirs de carburant, qui était jusqu'alors inconnu pour les réservoirs d'avions de ligne.

 

Mais, lorsque les pistes évoquées par les enquêteurs sont incohérentes avec les phénomènes observés par les témoins, il est légitime de vouloir chercher ailleurs, d’émettre des hypothèses autres que l’accident industriel. C’est l’objet de cet article, qui ne fait que répercuter modestement un certain nombre d’informations, disponible mais peu connues. Nous n’examinerons pas ici plus loin la thèse de l’attentat. Mais nous nous concentrerons sur les recherches de Jean-Marie Arnaudies, qui a établi de manière irréfutable l’existence d’une première explosion, précédant celle de l’usine AZF, qui aurait pu avoir lieu dans le site de la Société Nationale des Poudres et Explosifs (SNPE). Nous donnerons aussi des pistes à propos d’un nouveau phénomène physique peut être à même d’expliquer la chaîne des événements de Toulouse.

 

Le nitrate : quelques rappels

 

Le nitrate d'ammonium (NH4NO3) est utilisé dans la fabrication d'engrais.

La forme solide, aussi appelée ammonitrate, est l'engrais azoté le plus utilisé en France et tous ceux qui côtoient le monde agricole ont déjà vu ces sacs estampillés AZF et contenant les petits granulés sphériques de nitrate d'ammonium.

Le nitrate d'ammonium est préparé à une température de 160°C, sous une pression de 3 bars, par réaction entre l'acide nitrique (HNO3) et le gaz ammoniac (NH3). Le contrôle thermique de la réaction est impératif puisqu'au dessus de 195°C, le nitrate d'ammonium peut se décomposer avec explosion.

Le nitrate d'ammonium, tel qu'il était stocké à l'usine AZF, est un produit à l'état solide et stable dans des conditions normales de température et de pression. Il est donc très loin de l'instabilité caractérisée d'explosifs comme la nitroglycérine.

Chaque année, de nombreux agriculteurs manipulent et entreposent (en sac ou en vrac) des milliers de tonnes de nitrate d'ammonium sans aucun problème. On recommande toutefois de ne pas le stocker à proximité de matières inflammables (carburants par exemple) car, en cas d'incendie, il va alimenter, avec l'oxygène qu'il contient, les combustions de ces matières inflammables (on dit que c'est un comburant).

Cependant le nitrate d'ammonium peut être utilisé comme explosif, s’il est mélangé avec un carburant. Le mélange nitrate d'ammonium et fuel à 6% est l'explosif industriel le plus utilisé, l'amorçage étant réalisé avec de la dynamite. C'est aussi l'explosif qui fut utilisé lors de l'attentat d'Oklahoma City aux Etats-Unis, le 19 avril 1995 (167 morts). 

 

Une chose est sûre : dans des conditions normales, le nitrate d'ammonium ne peut pas exploser de lui-même. Diverses hypothèses ont été alors émises pour expliquer l’explosion de Toulouse :

- Explosion dans unité de production voisine qui aurait amorcé la détonation de l'entrepôt de nitrate d'ammonium ;

- Incident de manipulation dans l'entrepôt avec combustion voire explosion d'autres composés ;

- Acte criminel ou terroriste, par positionnement de charges explosives amorçant la détonation de tout le stock ;

- Infiltration du produit dans le sol et effet de fermentation à très long terme (le produit étant très avide d'eau) ;

- phénomène de vieillissement inconnu…

 

Des accidents impliquant le nitrate d'ammonium se sont déjà produits par le passé à l'étranger et même en France.

 

 

Accidents impliquant du Nitrate d'Ammonium :

 

26 juillet 1921 - Kriewald (Silésie)

Explosion de deux wagons contenant 30 tonnes de nitrate d'ammonium - des charges explosives y avaient été placées pour désagréger le produit pris en masse. 19 morts[H.L9] .

 

21 septembre 1921 – Oppau (Rhénanie)

Explosion d'un mélange de sulfate d'ammonium et de nitrate d'ammonium - tirs d'explosifs pour désagréger 4500 tonnes de mélange. Une partie seulement a explosé, estimée à 10 %, soit 450 tonnes. La méthode de désagrégation avait été auparavant utilisée des milliers de fois sans accident ! 561 morts - 1900 blessés - destruction d'Oppau - dégâts ressentis à 1,5 km.

 

29 avril 1942 - Tessenderloo (Belgique)

Explosion de 150 tonnes de nitrate d'ammonium suite à utilisation d'explosif pour désagréger le produit. 200 morts - 1000 blessés

 

1946 - Toulouse (France)

Usine ONIA - Incendie dans un magasin renfermant 200 tonnes de Nitrate d'Ammonium - Le nitrate n'a pas explosé.

 

16 avril 1947 – Texas City (Etats-Unis)

Explosion de Nitrate d'Ammonium enrobé (1 % d'hydrocarbure) dans un bateau "Grandcamp", suite à un incendie.

532 morts - 200 disparus - 3000 blessés

 

28 juillet 1947 - Brest (France)

Explosion de l'"Ocean Liberty" qui renfermait 3300 tonnes de nitrate suite à un incendie et pollution du nitrate par différents combustibles.

25 morts

 

1947 - Mer Rouge

Explosion du bateau "Tirrenia" renfermant 4000 tonnes de nitrate d'ammonium et du papier suite à un incendie.

Pas de victime, l'équipage ayant abandonné le navire avant l'explosion

 

1973 – Cherokee (Etats-Unis)

Explosion de 3 à 6 tonnes de nitrate en sac, suite à un incendie et l'explosion d'un réservoir de propane.

Un énorme tas de nitrate se trouvant à proximité n'a pas explosé[H.L10] .

 

Pour les pyrotechniciens il n’existe que deux configurations connues conduisant à l’explosion de nitrate d’ammonium, soit à la suite d’incendies de longue durée (plus de 12heures), soit par amorçage explosif. La vitesse de détonation peut atteindre 5000 m/s[H.L11] .

Dans chacun des cas que nous avons cités,, un incendie ou une explosion préalables permettaient d’expliquer l’explosion. Incendie et explosion qui, on le sait maintenant, n’ont pas eu lieu à Toulouse. Du moins, pas d’autre explosion sur le site. Car de très nombreux témoins ont mentionné avoir entendu une autre explosion, précédant celle de l’usine AZF. Mais ces témoins, la justice et la police vont les ignorer ou ne retenir de leur témoignage que les aspects anodins, parce qu’ils posent un problème insoluble pour la thèse de l’accident industriel à laquelle, on l’a vu, les enquêteurs ont immédiatement donné la priorité absolue. La journal local (La dépêche du midi), qui est célèbre pour sa fidèle collaboration dans les basses œuvres de police ou de justice (récemment encore avec sa chasse à l’homme contre Dominique Baudis) a bien sûr pris fait et cause pour cette thèse, ridiculisant toutes les autres possibilités, attaquant sans détour ceux qui osaient les évoquer. Les Toulousains savaient qu’on leur mentait. Les centaines de témoins avaient pu parler autour d’eux. Mais la résignation s’était abattue sur la ville rose, qui ne pensait plus qu’à essayer d’oublier la catastrophe et panser ses plaies. C’était sans compter l’intervention d’un personnage-clef de l’affaire AZF, Jean-Marie Arnaudies.

 

L’apport de Jean-Marie Arnaudies

 

Le 2 décembre 2002, Jean-Marie Arnaudies remettait au juge d’instruction Perriquet un mémoire intitulé « Certitudes sur la catastrophe de Toulouse », dans lequel il énonçait un certain nombre d’assertions dont il se sentait suffisamment sûr pour engager à la fois sa réputation et son honneur. Ce célèbre professeur de mathématiques, dont les cours ont accompagné des générations d’étudiants de Math sup et Math Spé, au lycée toulousain Pierre de Fermat ou à Paris, avait été « révolté » par les débuts de l’affaire.

 

« Lorsque j’ai entendu l’escroquerie que constituait cette explication de la double explosion par le sismique, je me suis dit que je ne pouvais pas laisser insulter la science et tromper ainsi le public. Pour moi, le scientifique a un devoir de sincérité par rapport au public ». Commence alors pour lui une longue enquête. » Très vite, en écoutant les premiers témoins, il « se rend compte que les officiels ne disaient pas la vérité, mais au contraire qu’ils la cachaient ».

 

Commence alors une longue quête : des heures passées à entendre les témoins, à aller sur place lorsque c’était important, à regarder les plans, à faire ou refaire les mesures[H.L12] , à rappeler au téléphone pour demander des précisions, à rédiger les dépositions, des nuits à réfléchir sur ce qui avait pu se passer… M. Arnaudies s’est lancé dans cette affaire corps et âme. Avec toute son honnêteté et sa passion de scientifique.

 

Tous les témoins (plus de 150) ayant travaillé avec J-M Arnaudies, ont rédigé pour lui une attestation judiciaire. Rares sont ceux qui ont été interrogés par la police et lorsqu’ils le furent, leur témoignage fut déformé.

 

« J’ai été stupéfait par le sérieux et le civisme de ces témoins, heureux de pouvoir déposer enfin, ulcérés de n’avoir jamais été interrogés par la police, convaincus que les officiels leur mentaient. A tous, je leur ai demandé, en relisant leur déposition, de ne laisser que des choses dont ils étaient absolument certains et dont ils ne démordraient pas même sous la torture. Je ne veux pas des choses sur lesquelles vous auriez le moindre doute leur disais-je. »

 

J-M Arnaudies a ainsi récupéré des témoignages très précieux, soumis à une analyse serrée, conjuguée à une réflexion approfondie sur les chronologies (analyse des datations fournies par EDF-RTE et France Télécom), la localisation acoustique de la première explosion à partir des enregistrements sonores disponibles, les déductions géométrico-cartographiques tirées des témoignages et des circonstances.

 

« Quand je fais des reconstitutions avec mes témoins, j’essaye de chiffrer l’écart entre la première et la deuxième explosion. Je leur fais reconstituer les gestes qu’ils ont fait pendant cette période. Et je leur fais refaire dix fois, puis je prends la moyenne des temps chronométrés ; j’estime que cela me donne une bonne approximation. »

 

La réflexion scientifique minutieuse qu’il mène sur les conclusions des sismologues de l’OMP lui montre la quasi-impossibilité de l’interprétation de la première explosion comme un simple écho sismique de la seconde, qui serait arrivé en avance par le sol pour se réfracter dans l’air au dernier moment au voisinage de chaque témoin ayant clairement entendu les deux explosions.

 

En janvier 2002, Valeurs Actuelles rend compte de ces recherches dans un article qui fit un coup de tonnerre dans les milieux informés et qui résume ainsi les conclusions d’Arnaudies et ses amis scientifiques :

 

« Primo, les Toulousains n’ont pas rêvé : il n’y a pas eu une mais bien deux explosions distinctes, espacées dans le temps d’environ huit secondes (ils possèdent de solides indices que le délai entre les deux “bangs” soit de cet ordre) ; deuxio, si l’épicentre de l’explosion 2, celle qui a ravagé Toulouse, se trouve bien dans le hangar 221 d’AZF, il paraît mathématiquement impossible que l’épicentre de l’explosion 1 soit situé au même endroit ; tertio, l’ensemble des points susceptibles d’avoir été l’épicentre de cette explosion 1 forme une branche d’hyperbole qui ne s’approche jamais à moins de cinq cents mètres de l’usine AZF… mais qui traverse de part en part, à environ huit cents mètres à l’est, la SNPE : une société d’Etat aux activités civiles et militaires stratégiques couvertes par le “secret-défense”, et qui fabriquait notamment les carburants de la fusée Ariane V et du futur missile balistique M51 ! Corollaire : l’explosion 1, perçue à des kilomètres à la ronde comme très brève, très sèche et très courte plusieurs témoins parlent d’un « pneu géant qui éclate » et ont ressenti une secousse, sans dégâts matériels apparents –, a été très probablement souterraine[H.L13] . »

 

Grâce à son ancien élève devenu ministre, François Loos, Arnaudies peut entrer en possession des documents EDF que TotalFinaElf cherche en vain à obtenir depuis des mois. Ces documents prouvent sans conteste que les trois transformateurs de la SNPE, de la SETMI et de la Fourguette, ont déclanché en même temps, à la demi-seconde près, et lui permettent d’établir la chronologie que nous verrons plus loin.

 

Arnaudies propose aux enquêteurs de s’intéresser à l’usine voisine de la SETMI, située à 2500 m d’AZF, une distance telle que le temps mis par l’onde de choc pour la parcourir est à peu près le même que le temps entre les deux explosions. Suivant tous les témoignages qu’il a recueilli, il est certain que les gens présents là bas ont entendu la double explosion. Et il se permet même de prédire que l’écart entre l’incident électrique et l’explosion sera de 16 secondes. Or, selon la théorie officielle, il ne devrait y avoir que 7 secondes d’écart, le temps pour l’onde de choc de parcourir les 2500 m. Le 3 avril 2002, rendez-vous est pris avec le directeur de la SETMI, M. Haillecourt. Ce dernier a rendu le témoignage suivant : « J’étais à mon bureau lorsque j’ai eu un voyant rouge m’avertissant du découplage électrique. Je me suis dit, ‘que se passe-t-il ?’Je me suis levé pour aller à la salle de contrôle. Une fois arrivé à la salle de contrôle, j’ai entendu une première explosion (neuf secondes, par reconstitution, après le signal du découplage électrique). Je me suis dit alors que c’était sérieux, je suis revenu pour mettre mon casque de sécurité. C’est alors que j’ai ressenti l’onde de choc (sept secondes, par reconstitution). » Autrement dit il s’est écoulé 16 secondes entre le signal électrique et l’onde de choc. La confirmation de cette prédiction, sur laquelle Arnaudies était prêt à engager la valeur de sa propriété, a donné une crédibilité énorme à Arnaudies auprès des parties prenantes. Ce n’est pas l’explosion à l’origine de l’onde de choc qui a provoqué l’incident électrique à la SETMI, mais une autre explosion.

 

 

La deuxième explosion

 

Cette deuxième explosion, d’innombrables témoins l’ont entendue.

Prenons par exemple le témoignage clef de Madame Gabrielle Foinan[H.L14]  a été recueilli par Jean-Marie Arnaudies. Il l’a vu à plusieurs reprises. Mme Foinan était à 180 mètres du cratère laissé par l’explosion. Ce témoin a commencé par voir un éclair au-dessus du capot de sa voiture. Elle croit alors à un incendie, car elle avait eu quelques mois auparavant un incendie sur cette voiture dû à un problème électrique. Elle se dit alors « ça recommence ! ». Elle est formelle sur le fait que l’éclair venait du transformateur de la Fourguette. Lors de la première explosion qui intervient juste après l’éclair, elle se trouve dans son véhicule à l’arrêt au feu rouge, moteur en marche. Par réflexe, elle  fait ce que son cerveau avait prévu de faire avant l’explosion, passe la première et démarre. Elle parcourt environ 45 mètres. C’est là qu’elle est atteinte par l’explosion. La voiture est complètement détruite, mais n’a pas bougé. La reconstitution permet d’estimer à 7 secondes le temps qui a séparé les deux bruits d’explosion. Il faut là encore souligner le courage et le sérieux de ce témoin, qui s’est prêtée aux reconstitutions alors que son mari mourait d’un cancer. Un détail donne une idée de ce sérieux : lorsqu’elle a racheté sa voiture, la précédente ayant été détruite par l’explosion, elle a tenu à racheter exactement le même modèle jusqu’à la même couleur, pour que la reconstitution soit parfaite. Ce témoin a maintenu sa déposition devant le juge malgré les avocats de la SNPE[H.L15] , qui tentaient de l’intimider. Le juge a dû intervenir à plusieurs reprises pour les empêcher d’influencer le témoin. Dans un autre cas, alors que le témoin indiquait la direction du phénomène qu’il avait observé, l’avocat de SNPE lui prenait le bras et modifiait la direction indiquée en disant « Mais non, vous l’avez vu là ! ».

 

 

JM Arnaudies explique : « Il est dommage que les experts judiciaires n’aient pas interrogé plus avant Madame Foinan, qui a fait preuve d’un sang-froid et d’un courage extraordinaires, puisqu’elle a réussi à sauver sa vie alors que son artère parotide avait été sectionnée par la deuxième explosion, en comprimant sa blessure et en marchant, malgré l’apocalypse, plusieurs centaines de mètres jusqu’à ce qu’elle trouve un automobiliste qui a accepté de la conduire à la clinique la plus proche. Car Madame Foinan, dont le comportement prouve qu’elle est restée[H.L16]  sans interruption, se déclare certaine d’une part que la première explosion ne lui a nullement semblé provenir de l’usine AZF (‘pour moi, c’était beaucoup plus loin, c’était de l’autre côté de la Garonne, ou même à Pech David[H.L17] ’, dit-elle) et d’autre part qu’au moment de cette première explosion, tout est resté normal autour d’elle : aucun dégât ni à sa droite ni à sa gauche et aucun dégât non plus jusqu’à ce que la deuxième explosion lui parvienne. Et cette deuxième explosion s’est manifestée d’abord par un bruit ‘énorme, nettement plus fort que le bruit de la première’ précise-t-elle. »

 

Pour expliquer cela, les experts judiciaires écrivent dans leur rapport : « Le témoin a perçu deux signaux ou effets décalés dans le temps dont l'un est la réception de l'onde sonore émise lors de l'explosion du bâtiment numéro 221 et l'autre est, selon toute vraisemblance, la conséquence des effets de cette même explosion. »

 

Ce qui ne laisse pas de surprendre, car il est bien connu que l'onde de choc d'une explosion se propage à peu près à la même vitesse que son bruit. Or ce qu'écrivent  les experts judiciaires revient à affirmer qu'à moins de 200 mètres d'une grosse explosion de surface, le bruit de l'explosion pourrait arriver plus de 7 secondes avant les conséquences physiques de son onde de choc !

 

Cette assertion des experts judiciaires est contredite par tous les communiqués de la SNPE depuis janvier 2002. En effet, la litanie répétée inlassablement et relayée par les médias et les officiels, a été : «  Le transformateur de la SNPE a été endommagé à 10 h 17 mn 57 s 71/100, alors que l'explosion du hangar 221 de AZF est datée par les sismologues de l'OMP à 10 h 17mn 56 s 40/100. Une seconde 30/100, c'est le temps qu'il a fallu µa l'onde de choc de l'explosion pour franchir les 450 mètres entre ce hangar 221 et notre transformateur, tous les experts détoniciens sont d'accord là-dessus. »

Mieux, dans le premier communiqué publié par SNPE sur son site Internet après la parution de l'article du 20 janvier 2002 de Valeurs Actuelles, rapportant les calculs de J-M Arnaudies, il était objecté que ces calculs acoustiques ne pouvaient être exacts au motif qu' « il est bien connu que l'onde de choc d'une explosion, dans les premières centaines de mètres, est notablement plus rapide que la vitesse du son dans l'air ». Or rappelons que du cratère AZF jusqu'à l'emplacement de Madame Foinan, à sa vitesse normale le son met 0,52 secondes…

 

Les experts judiciaires doivent donc expliquer pourquoi il n'aurait fallu que 1,3 secondes à l'onde de choc consécutive à l'explosion de B221AZF pour franchir 450 mètres quand il s'agit d'aller endommager le transformateur de SNPE alors qu'il lui faudrait plus de 7 secondes pour franchir moins de 200 mètres quand il s'agit d'aller faire des dégâts au voisinage de Gabrielle Foinan !

 

Mais quel était le fondement logique et scientifique de ces affirmations réitérées presque journellement, selon lesquelles l'onde de choc de l'explosion du B221AZF serait venu endommager le transformateur SNPE une seconde et 30/100 après l'instant initial de cette explosion, ce qui expliquait (trop ?) parfaitement les datations de cette dernière à  10 h 17 mn 56 s 40/100 du Rénass-OMP (réseau national de surveillance sismique de l’Observatoire Midi-Pyrénées, un institut des sciences de l’univers commun au CNRS et à l’université Paul Sabatier de Toulouse) et du défaut électrique Ramier-SNPE à 10 h 17 mn 57 s 71/100 ? Réponse : le rapport de l'OMP à  la DRIRE du 26 septembre 2001.

 

Dans ce rapport, Annie Souriau développait la thèse de « l’illusion sismique », qu’elle reprendra ensuite dans son compte-rendu à l’Académie des sciences publié en mars 2002.

 

L’essentiel de ce rapport reposait sur un tableau, qui assurait donner, en fonction de la distance d'un observateur µa B221AZF, les durées approximatives mesurées entre les deux bruits d'explosion « entendus par la population » compatibles avec «  l'explication sismique » du premier bruit. Il n'est pas inutile de reproduire ici ce tableau :

Distance de l'observateur à B221AZF  Durée entre les deux bruits

500                                         1,3

1000                                       2,5

1500                                       4

2000                                       5

3000                                       8

4000                                       10

5000                                       13

6000                                       15

 

Ainsi le rapport signé par des scientifiques sur lequel s'appuie toute l'argumentation officielle depuis le 26 septembre 2001 dit explicitement qu'un observateur situé à 500 mètres de B221AZF ne doit mesurer que 1,3 secondes entre les deux bruits s'il est vrai qu'il n'y a eu qu'une explosion et que le premier bruit en est un écho sismique (noter l'opportune concordance des 1,3 secondes de ce tableau avec la différence de 1,3 secondes entre la datation du défaut Ramier-SNPE par EDF et la datation Rénass de l'explosion du bâtiment 221 d’AZF). Dans leur procès-verbal provisoire du 5 juin 2002, sur lequel les magistrats se sont fondés pour mettre en examen douze employés et cadres de l'usine AZF ou sous-traitants, les experts judiciaires s'étaient appuyés nommément sur ce rapport à la DRIRE, dont ils avaient reproduit le paragraphe. sur \ l'explication sismique " du premier bruit. On est bien forcé de conclure que les experts judiciaires ne trouvent rien à dire devant le témoignage de Madame Foinan, mais qu'ils en refusent néanmoins les enseignements, même au prix d'une contradiction flagrante avec les conclusions du rapport à la DRIRE sur lequel ils s'appuient largement depuis le début.

 

Ce qui permet à Arnaudies de confirmer aujourd’hui ses conclusions, face aux experts judiciaires :

«  Je suis en mesure d'affirmer, preuves à l'appui, que jamais les conclusions de ce mémoire n'ont été aussi solides. Cette solidité résulte notamment des erreurs mêmes commises par ces experts. De plus, des informations nouvelles sont venues conforter et préciser les conclusions. Les experts qui ont examiné mon mémoire ont refusé, sans raison, d'accepter les informations capitales que nous apprennent certains témoignages essentiels, dans une affaire où ce sont les témoins qui nous donnent pourtant les informations les plus solides. Quant aux déductions que j'avais tirées de témoignages ou d'éléments de mesure objectifs, les experts les ont écartées au nom de présupposés lourds qu'ils n'explicitent pas. »

 

 

Il y a donc bien eu une deuxième explosion, avant celle qui a soufflé l’usine AZF. De très nombreux autres témoignages en attestent. Nous ne pouvons bien sûr entrer dans tous les détails. Contentons-nous de citer le cas de cet enregistrement obtenu par le magazine Valeurs Actuelles :

Le vendredi 21 septembre 2001 au matin, sur l’aérodrome de Toulouse-Montaudran (situé à environ 4,2 kilomètres à vol d’oiseau à l’est du pôle chimique toulousain) se tient, précisément dans le bâtiment 14, une session du comité d’entreprise d’Air France. Coup de chance : elle est enregistrée sur un petit magnétophone. L’enregistrement prouve de manière irréfutable qu’il y a bien eu au moins deux explosions distinctes ce matin-là, à environ huit secondes d’intervalle, et qu’elles n’ont matériellement pas pu se produire au même endroit.


Voici le script intégral de ce que l’on entend, ce vendredi matin, pendant la période fatidique comprise entre 10 h 17 min 50 s et 10 h 18 min 10 s.


Voix de l’orateur principal : « Septembre-décembre, pour que le…
BAANNG !
Heu !
C’est un mur du son, c’est un mur du son…
Qu’est-ce que c’est ?
C’est un mur du son…
C’est un mur du son ça…
Désolé…
BAAAOOOUUUMMMMM ! (bruits de verre brisé et d’objets divers qui tombent…)
Ah, ben non, c’était pas un mur du son…
Vous sortez là !
Ça c’est une explosion…
C’est bizarre ça… »

Les « Saint-Thomas » peuvent d’ailleurs écouter le son en direct sur le site Internet de Valeurs Actuelles :

http://www.valeursactuelles.com/azf/azf.php

 

Valeurs Actuelles commente : « La première explosion, brève et sèche, est unanimement perçue par des personnels d’Air France comme aérienne et extérieure au bâtiment 14 de l’aérodrome Montaudran, puisque semblant provenir d’un avion qui franchit le mur du son. Ce qui exclut totalement l’hypothèse de l’illusion sismique. Un « grondement sismique » avant-coureur d’une explosion n’est en effet jamais perçu comme sec, aérien et extérieur, mais au contraire comme sourd, souterrain et très proche de son auditeur ».

Les étranges phénomènes électromagnétiques et l’hypothèse de l’arc électrique

 

De très nombreux témoignages rapportent l’existence de curieux phénomènes électromagnétiques ayant précédé l’explosion : traits lumineux se dirigeant vers le hangar (et non pas en provenant), écrans d’ordinateur en folie (image réduite à un ou deux points au milieu de l’écran), communications téléphoniques interrompues, petites flammes bleutées sur les afficheurs à cristaux liquides, etc. Dans la salle informatique de l’usine, ces phénomènes électriques ont été observés environ 15 secondes avant l’explosion. Au point que le système anti-incendie a déclanché et libéré le gaz halon servant à contenir les feux sur les réseaux électriques ou informatiques.

 

Parmi les travailleurs d’AZF, plusieurs proches du hangar 221 ont ressenti des secousses électriques : L’un d’eux explique « Mes mains se sont trouvées aimantées, scotchées à la buse métallique sur laquelle j’ensachais les sacs ; j’ai vu de petits flash électriques, comme des éclairs de bougie de voiture, au bout de mes doigts. Les secousses étaient si violentes que je me suis vu en train de mourir. » Son collègue avait quant à lui « l’impression de tenir un câble électrique entre les mains ». D’autres témoignages, parmi les personnes qui circulaient en voiture à proximité de l’usine AZF, rapportent des éclairs et des flammèches sur le capot des voitures. Chez Sanofi, à environ mille deux cents mètres de l’explosion, tous les témoignages concordent sur les points suivants : une panne d’électricité, puis deux explosions espacées de quelques secondes.

 

De façon générale, les récits des nombreux témoins ne sont pas tous identiques à la virgule près. Il y a toujours de légères différences dans la description des couleurs des explosions leur forme et le choc ressenti. Ce qui est bien normal, suivant la sensibilité de chacun, le lieu où il se trouvait à ce moment, sa capacité de mémorisation, etc. Mais le point essentiel réside dans le fait que les témoignages convergent globalement sur l’existence de deux explosions, de désordres électriques et d’un flash lumineux dans le ciel au dessus de l’usine AZF, précédent la catastrophe. Ce flash est si intense qu’il va jusqu’à provoquer des brûlures rétiniennes, comme le rapporte le témoin, Anne G., employée de l’entreprise Europe-Sols, située en face de l’usine AZF.


Après avoir été jetée à terre par la secousse sismique de la première explosion, cette jeune femme de trente-trois ans raconte dans Valeurs Actuelles qu’elle a vu, par la fenêtre une « immense barre lumineuse horizontale, couleur blanc jaune, un peu comme le soleil (…) ses bords supérieurs et inférieurs étaient d’une netteté impeccable (…) elle était aveuglante et m’a provoqué un véritable choc optique, un éblouissement insupportable ».

Tous ces phénomènes ont conduit certains à faire l’hypothèse d’un arc électrique. Selon cette thèse, le hangar 221 d'A.Z.F. avait explosé sous l'effet d'un arc électrique se produisant entre deux transformateurs (celui de la S.N.P.E. et celui situé derrière la Semvat[H.L18] , autre société proche de l’usine AZF). Le hangar 221 se trouvant proche de la ligne joignant les deux installations électriques. Une première explosion survenue à la S.N.P.E., aurait endommagé le complexe électrique de l'usine. Une mise à la terre brutale aurait répandu un fort courant, créant un ou plusieurs arcs électriques de surface ou souterrains sur une bande de terre hérissée de poteaux et de bâtiments à ossature métallique, traçant une ligne droite de la S.N.P.E. au transformateur de 63 000 volts du dépôt de la Semvat, et passant non loin du hangar 221. La chaleur produite par cet arc, de l'ordre de 4 600 degrés au point d'impact, aurait amplement suffi pour déclancher l’explosion. Le problème, c’est que très peu d’électriciens croient à cette hypothèse d’arc électrique, qui leur semble impossible sur une si longue distance. Un moment séduit par la thèse, Total va proposer de faire des relevés magnétiques avec un hélicoptère sur l’ensemble du site. Mais la SNPE a refusé le droit de survol. Quant au juge n'a jamais mis les pieds à la SNPE..Secret Défense. Quoi qu’il en soit, l’hypothèse de l’arc électrique a été infirmée par plusieurs expériences[H.L19]  .

 

Que reste-t-il alors comme tentative d’explication ?

 

Reprenons la chronologie officielle des faits, telle qu’elle ressort du rapport OMP :

 

 

0                      10h 17 mn 56s  : signal sismique enregistré par OMP : explosion AZF

 +0,31s            10h 17 mn 56,31s  : 1er événement électrique à AZF ( poste électrique proche 221)

+0,46s ---  10h 17 mn 56,46s : 1er événement électrique à l’incinérateur de la SETMI

        (près Mirail, très au sud)

 

+ 0,82s --- 10h 17 mn 56,82s : ouverture disjoncteur 63kV à la Fourguette (500m sud 221)

 

+ 1,68s --- 10h 17 mn 57,68s : défaut phase-terre sur la ligne la Fourguette / SNPE(au nord)

 

+ 4s --- 10h 18 mn  0s : le standard AZF fonctionnait toujours

 

+ 11,34s --- 10h 18 mn  7,34s : défaut biphasé sur la ligne sectionnée la Fourguette / Pont des Demoiselles(au nord)

 

 

La facture de France Télécom de l’usine AZF a en effet parlé : cinq personnes sont encore en communication après 10h18 minutes ! or, certains témoins rapportent avoir été coupés au moment précis où ils ont entendu la première explosion : c’est par exemple le cas d’un contremaître, qui a le temps de passer un savon à un collaborateur, pensant qu’il a fait exploser une bouteille de gaz, avant d’entendre la deuxième explosion.

 

Une chronologie alternative

 

Voyons maintenant la chronologie établie par Jean-Marie Arnaudies :

 

10 h 17 mn 47 s : au moins un éclair rectiligne, horizontal, géométriquement rectiligne, à 1,80 m au-dessus du sol, traverse la route d'Espagne au niveau de la porte A de AZF (témoignage Patrick Luzzi). Des phénomènes analogues se produisent dans d'autres parties du pôle chimique à cette date-là, vus par d'autres témoins. A noter : cet éclair est froid, le témoin Luzzi, dans sa camionnette, l'a traversé latéralement au niveau de ses yeux sans en être incommodé ni ressentir de chaleur.

10 h 17 mn 56,5 s : dans un mouchoir de poche d'une seconde environ, on relève les événements suivants, établis sans conteste :
a) éclair très étroit, rectiligne, oblique, très long (au moins 1500 m), partant d'au moins 400 m au-dessus du sol et arrivant sur Pech-David vers le lieudit << Les Moines >>. Cet éclair est blanc bleuâtre mais non aveuglant.
b) explosion 1, en direction du site SNPE.
c) nombreux éclairs vus par des témoins à au moins quatre  endroits différents, certains témoins en voient un très large et très long. Il y a au moins deux endroits côté AZF-Lafouguette et au moins deux endroits sur le site SNPE, sans compter le ou les éclairs mentionné en a).
d) panache couleur feu de 700 m au-dessus du sol en forme de massue vu par au moins trois témoins sous des angles bien distincts et à des distances vérifiables. La hauteur de 700 m n'est atteinte qu'en 7 à 10 secondes, la hauteur 400 m est atteinte en environ 5 secondes.
e) début de la montée de la colonne géante s'élevant à au moins 700 m depuis à peu près la zone de la chaufferie SNPE, verticale et rigoureusement cylindrique, et qui change brusquement de couleur une fois atteinte son apogée. Ce changement de couleur se produit presque en même temps que l'explosion 2 de AZF, donc le cylindre a mis entre 7 et 10 secondes à atteindre sa hauteur maximale
[H.L20] .
f) formation nuageuse « gris palombe » rampante importante née dans la partie nord de la SNPE et se dirigeant rapidement vers AZF sous l'effet conjugué de son développement et du vent d'autan, qui soufflait de SNPE vers AZF.
g) plantage des ordinateurs à divers endroits de AZF
h) sensation de tremblement de terre liée à l'explosion 1, un peu partout jusqu'à plus de 2500 m du pôle chimique
i) défauts des transformateurs SNPE, Lafourguette et SETMI
j) pannes de courant générales (et qui ont duré souvent des heures) dans la plupart des établissements limitrophes de AZF-SNPE.
k) boules de feu étranges se déplaçant pas trop vite au-dessus du sol, vues par au moins trois témoins à trois endroits différents mais qui ont en commun de se situer au voisinage de la partie nord de AZF. La plus remarquable de ces boules est vue par le témoin Daoud, avait la taille d'un ballon de football et se dirigeait tranquillement à environ 1,5 m au-dessus du sol, en plein vers l'entrée du hangar 221 de AZF.
l) sensation de paralysie par électrocution de diverses personnes dans l'usine AZF.

10 h 18 mn 01 s : formation d'une immense colonne gazeuse bleue comme un chalumeau, d'au moins 400 m au-dessus du sol, vue depuis les tours de Seysses exactement dans la direction des ateliers hydrogène de AZF mais qui peut aussi bien provenir de plus loin, des zones de SNPE les plus au sud, qui étaient aussi dans la ligne de visée de la témoin.

10 h 18 mn 05 s : explosion du hangar 221 de AZF et quasi-simultanément
[H.L21] , de la tour  de prilling[H.L22]  de cette usine.

 

L’hypothèse monopôle

 

Puisque l’hypothèse de l’accident industriel n’a jamais pu être sérieusement étayée, puisque la thèse de l’arc électrique ne tient pas, que reste-t-il ? L’acte terroriste[H.L23]  et un phénomène physique ou chimique encore inconnu. N’ayant pas d’informations particulières sur la première, nous allons maintenant aborder ce deuxième point.

 

Et pour cela, faire intervenir un autre personnage, un ingénieur-consultant, dont nous tairons l’identité à sa demande[H.L24] . Cet ingénieur de recherche, appelons-le Monsieur Y, connaît bien le monde scientifique russe, dont il a parcouru les universités et les laboratoires les plus secrets. Il a tissé des relations d’amitié avec les chercheurs russes, dont Leonid Ourotskoiev. C’est lui qui l’a mis en relation avec Georges Lochak[H.L25] , pour élaborer une explication théorique du rayonnement étrange observé par les monopôles légers (voir Fusion N° XX). Notre ingénieur Y, curieux de tout et ayant eu à aborder la détonique dans sa carrière, s’est aussi intéressé à l’accident de Toulouse. Il avait eu connaissance des incohérences de l’enquête officielle et de l’article initial de Valeurs Actuelles. Il s’était interrogé sur ces phénomènes électromagnétiques étranges observés juste avant l’explosion. Sachant que dans l’environnement proche d’un monopôle magnétique, il règne un champ magnétique de l’ordre de 100 000 Teslas (pour comparaison, le champ dans l’entrefer des grands aimants du CERN est de 10 Teslas environ) et que leur action sur la matière dense provoque la mise en vortex des cortèges électroniques, il lui vient l’idée d’étudier leur action sur des molécules polaires, comme les amnonitrates… Comme il suivait de près les expériences russes réalisées à l’Institut Kourtchatov, il fait assez rapidement le lien avec ces autres phénomènes électromagnétiques étranges. Et propose aux Russes de réaliser une expérience cruciale : il s’agit de soumettre environ un gramme de nitrate d’ammonium au rayonnement d’Ourotskoiev, c’est-à-dire à ce que l’on suppose être des monopoles. Rappelons qu’il s’agit des rayonnements émis lors de l’électrolyse[H.L26]  d’une feuille de titane dans l’eau, rayonnements qui s’accompagnent également de phénomènes de transmutation.

 

Normalement, selon tout ce que l’on connaît des nitrates, il ne devrait rien se passer. Avec quelques grammes, on est en effet très loin de la masse critique nécessaire pour avoir une détonation, qui est supérieure à un kilogramme[H.L27] .

Lors de l’expérience cruciale réalisée par l’équipe d’Oroutskoïev, le nitrate fut mis dans un petit conteneur cylindrique en duralumin d'un volume de 1 cm3, d’un millimètre d’épaisseur, fermé de façon étanche par un bouchon vissé. Le conteneur fut lui-même mis dans le « pot » métallique au-dessus[H.L28]  le récipient en polyéthylène où a lieu la production des monopoles. Il y a environ 150 mm entre la formation du plasma et le petit conteneur, le chapeau en polyéthylène s’intercalant entre les deux.

 

A priori, suivant toutes les connaissances scientifiques et techniques existantes, il ne devrait rien se passer. Or, il se passe quelque chose : les nitrates explosent[H.L29]  !!!

 

Le conteneur ne subit pas de déformation lors de la décharge[H.L30] . Mais à l'ouverture du conteneur le gaz en surpression s'échappe. Le résidu est humide. Le nitrate initial et le résidu ont été analysés par Pavel Stoljarov, patron du laboratoire spécialisé dans les[H.L31]  nitrates à l'Institut central de chimie et de mecanique de Moscou. Il a procédé à une analyse thermique de référence du nitrate (sur 0,1 gramme), à l'air et en milieu neutre. On voit bien les différentes phases de transformation / fusion du nitrate[H.L32]  . L'analyse thermique réalisée sur le résidu en milieu neutre montre une courbe radicalement différente qui est caractéristique d'une décomposition du nitrate.

D'après Stoljarov, la surpression de gaz et l’humidité du résidu sont de toute façon des critères suffisants pour diagnostiquer qu'il y a eu une décomposition. L'eau provient en effet de la décomposition du nitrate (NH4NO3 à    N2   + 0,5 O2   + 2H2O). Le nitrate ne réagit pas à un arc électrique ordinaire, c'est un produit très stable. Mais ses molécules polaires ne résistent pas à la "mise en vortex sous l'action du champ magnétique local !

 

Parallèlement a cela, Dimitri Filippov (adjoint d'Ouroutskoïev)  a demandé à Nikolaï Ivoilov de l'Université de Kazan, de refaire un essai avec son propre générateur de monopoles, différent de celui de l’Institut Kourtchatov (il s'agit d'une décharge continue dans de l'eau avec des électrodes de carbone, mais les « traces » spécifiques des monopoles ont été également enregistrées sur plaque photographique). Il obtint les mêmes résultats : décomposition du nitrate.

Il est donc désormais certain que le nitrate d’ammonium peut se décomposer sous l’effet des monopôles. Il reste à trouver la source de ces monopôles qui seraient éventuellement intervenus dans l’accident de Toulouse et à caractériser leur passage par les transmutations restantes, vérifiables sur le site, 2 ans et demi après l'accident. On sait en effet, par les travaux d’Oroutskoïev reproduits par d’autres laboratoires russes, que les monopôles opèrent des transmutations sur certaines[H.L33]  substances métalliques.

 

Pour attribuer l’explosion AZF à l’action des monopôles magnétique plusieurs conditions doivent être remplies : d’abord des monopôles ont dû être crées. Et il faut savoir où, comment et pourquoi. Ensuite, la génération des monopôles doit intervenir  plus de 20 s avant l’explosion, si cette génération est passée par l’intermédiaire de la ligne de 63kV, située à 190 mètres du hangar 221 ou moins de 10 s s’il existe un générateur plus proche. Enfin, les monopôles doivent détruire la matière de façon exothermique, pour créer une détonation immédiate. Examinons ces trois conditions.

 

En ce qui concerne la création des monopôles, c’est encore le flou. Bien que l’on suspecte évidemment un accident électrique important, ayant provoqué la première explosion sèche et les phénomènes électromagnétiques étranges mentionnés. Pour que les monopôles parviennent jusqu’au hangar 221 , il faut qu’ils empruntent un chemin préférentiel. Premier parmi les suspects pour servir de chemin préférentiel : il y avait un deuxième câble enterré de 2cm2 de section enterré à 80cm de profondeur et passant sous le hangar 221. Ce câble était hors service depuis longtemps, mais il a été en partie ressorti de terre par l'explosion. Le Juge Perriquet l'a fait mettre sous scellés. On note également la présence de tuyauteries enterrées, liées à un chauffage urbain qui alimentait les HLM au Nord du site avec la vapeur d’AZF. En[H.L34]  septembre le chauffage urbain ne fonctionnait pas[H.L35] , mais les tuyauteries étaient évidemment bien là.

 

Le scénario vraisemblable envisagé par monsieur Y est donc le suivant. Il y a eu un incident électrique au nord de AZF qui a enclenché des monopôles ayant eu des trajets divers et des effets variés : des boules de feu au nord, des rayons bleutés au sud (effet Tcherenkov) de monopoles qui ressortent.. Les boules de feu n'avancent pas vite. Les monopôles oui surtout s'ils empruntent les voies privilégiées que sont les câbles ou les tuyauteries enterrés.

 

Reste encore à mesurer le délai s’écoulant entre la création des monopôles et l’explosion, à quantifier l’énergie produite par les monopoles, tester les monopôles sur d’autres produits, comprenant des anions et des cations différents, de façon à déterminer si ces monopôles agissent sur NH4+ ou sur NO3-. Il pourrait s’agir par exemple de nitrates de potassium (KNO3) ou de sodium (NaNO3) ou encore de carbamate (NH4NH2C02)

 

Il y a encore un travail relativement important à réaliser autour de la réaction nitrates/monopoles. Il faudrait notamment quantifier la réaction, en suivant l’évolution de la température, la perte de masse, en mesurant l’énergie totale produite et la cinétique, etc.

 

On pourrait argumenter que, s’agissant d’un objet physique encore pas établi dans la science officielle comme les monopoles, il serait imprudent de se lancer dans ces expériences. C’est ici qu’il faut rappeler que l’enquête est au point mort : la piste terroriste n’a été nourrie d’aucun élément concret et la thèse de l’accident industriel n’est pas sérieusement étayée. L’hypothèse des monopôles mérite d’être examinée avec tout le sérieux nécessaire, d’abord par respect pour toutes les victimes de la catastrophe toulousaine. Ensuite parce qu’il s’agit typiquement d’une saine application du principe de précaution : même si ce type d’accident est rarissime (sinon, il serait arrivé auparavant, vu les énormes quantités de nitrates d’ammonium manipulées et stockées dans le monde) et même si les bases scientifiques sont encore incertaines, on se doit d’en rechercher toutes les causes possibles de façon à pouvoir les éliminer. Les conséquences sont trop graves pour que l’on se permette le moindre atermoiement sur ce point. Le principe de précaution impose des recherches complémentaires !

 

La protection contre les monopôles étant très facilement réalisable par des champs magnétiques adaptés, il n’y a pas de raison sérieuse de ne pas suivre cette piste. A ce stade, on peut supposer connaître l’arme du crime (les monopôles) ; le fait que l’on soit encore loin de connaître l’assassin (Qu’est-ce qui a produit les monopôles et comment sont-ils arrivés jusqu’au hangar 221 ?) n’autorise en rien à arrêter l’enquête.

 

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 [H.L1]5 mètres

 [H.L2]diamètre

 [H.L3]La question existe toujours de savoir si c’est cette explosion ou une explosion précédente pour le séisme..

 [H.L4]30 morts et 2500 blessés, 2,5 milliards d’euros de dégats

 [H.L5]OK je n’avais pas lu jusques là

 [H.L6]Un peu plus..

 [H.L7]D’ailleurs le stockage principal de 15000 tones n’a pas été affecté

 [H.L8]Il existe un cas où le nitrate en croûte.. le type a mis un cartouche de dynamique pour casser la croûte et il s’est envoyé en l’air. Il faut une surpression de 50 000 bars pour faire claquer le nitrate d’ammonium dans les conditions NTP

 [H.L9]Cartouches de dynamite !!

 [H.L10]Il faut 50 kbars pour que cela détone..

 [H.L11]Dans les conditions extrêmes, mais plus généralement au-dessus de 2000m/s c’est une détonation

 [H.L12]A utiliser les services d’un géomètre expert pour refaire les mesures d’angles de vue, d’élévation etc..

 [H.L13]C’est là ou cela coïnce car il n’y a pas de cellule souterraines à la SNPE comme à Bourges par exemple..

 [H.L14]Vous êtes sûr que son nom peut être cité ? plutôt Mme F.

 [H.L15]Là vous y allez fort… C’est un coup à avoir une plainte..

 [H.L16]Restée quoi ? lucide ?

 [H.L17]Du côté de l ’usine SNPE à l’Est d’AZF

 [H.L18]La RATP de Toulouse

 [H.L19]Faites à la demande du juge d’instruction

 [H.L20]La formation cylindrique verticale indiquerait qu’elle provient d’un puits

 [H.L21]Rn fait il apparaît que la tour de prilling soit partie avant comme une fusée et ai explosé en vol.

 [H.L22]Prilling c'est-à-dire de fabrication des billes pour l’application agricole.

 [H.L23]L’histoire de l’hélicoptère qui a été vu et entendu au-dessus du site.

 [H.L24]Commentaire superflu.

 [H.L25]Physique théorique et dauphin de Louis de Broglie.

 [H.L26]Erreur, la plasmatisation de métaux en feuilles

 [H.L27]La masse critique minimale pour une détonation est de 80cm de diamètre

 [H.L28]Modifié : au-dessus, mais dans le « pot »

 [H.L29]Se décomposent, pour une explosion il faudrait la masse crtique qui n’y est pas. La vitesse de décomposition est det inférieure à 500m/s alors qu’une détonation est au moins à 200m/s entre les deux il s’agit d’une déflagration

 [H.L30]C’est bien une décomposition s’il y avait eu détonation le conteneur aurait été brisé.

 [H.L31]Explosifs au nitrate

 [H.L32]Qui montrait bien que c’était du nitrate et pas un autre produit

 [H.L33]Toutes les substances métalliques

 [H.L34]Cette instalation avait été démantelée, mais les tuyauteries sont toujours là

 [H.L35]Mais la température de septembre faisait que de toutes les façons le chauffage urbain était hors service.